FCPE56
La note de vie scolaire
Argumentaire
Le dispositif
Le
principe était déjà inscrit dans la loi Fillon, loi d’orientation et de
programme pour l’avenir de l’Ecole.
On
le trouve simplement mentionné à l’article 32, consacré au diplôme national du
brevet, sans autre commentaire : le diplôme national du brevet « …comprend une note de vie scolaire… ».
L’idée
n’était pas plus développée dans le rapport initialement annexé : le diplôme
national du brevet « …inclut une
note de vie scolaire… ».
Le
ministre Robien a appliqué la loi : la note de vie scolaire est instaurée
depuis la rentrée 2006, « elle doit
faire partie du comportement attendu au titre du socle », et sera donc
prise en compte dans l’évaluation du brevet des collèges.
Lors
de la séance de questions au gouvernement (Assemblée nationale), du 18 janvier
2006, le ministre de l’Education nationale a fait les commentaires
suivants : le socle commun est constitué de connaissances et de
compétences. Parmi les compétences se trouve celle relative aux acquis de la
citoyenneté : respect des autres, respect du règlement, respect des
valeurs de l’Ecole.
Même
si la famille est porteuse de valeurs, l’Ecole doit aussi, de son côté, récompenser les bonnes attitudes, telles que
le respect et les engagements de l’élève, que ces derniers s’exercent au sein
de l’établissement ou dans un cadre périscolaire : aide aux personnes
âgées ou handicapées, vie associative, etc. La note de vie scolaire doit aussi
sanctionner les incivilités : même si elle ne peut régler toutes les
situations de violence, elle constituera un repère utile pour l’élève.
Le
décret n°2006-533
du 10 mai 2006 indique que cette note sera attribuée chaque
trimestre à tous les élèves du collège de la 6° à la 3°. Elle « mesure l’assiduité
de l’élève et son respect des dispositions du règlement intérieur. Elle prend
également en compte sa participation à la vie de l’établissement et aux
activités organisées ou reconnues par
l’établissement. Elle est attribuée par le chef d’établissement sur proposition
du professeur principal de la classe et après avis du conseiller principal
d’éducation. » Le professeur principal doit « préalablement consulter
les membres de l’équipe pédagogique de la classe », selon l’arrêté du même
jour.
Enfin,
la circulaire d’application n°2006-105 du 23 juin 2006
précise que la note de vie scolaire portera sur 4 domaines : l’assiduité de l’élève, le respect des autres
dispositions du règlement intérieur, la participation de l’élève à la vie de
l’établissement ou aux activités organisées ou reconnues par l’établissement
(cette évaluation ne pouvant être que positive, l’absence d’engagement
ne devant pas pénaliser un élève) et
l’obtention de l’attestation scolaire de sécurité routière et de l’attestation
de formation aux premiers secours.
Pour ce qui est des deux premiers domaines, la
circulaire stipule que le respect des dispositions doit entraîner l’obtention
de la note maximum et que « l’évolution
de l’élève doit être prise en considération. Ainsi, en cas d’amélioration en
cours de trimestre, la note peut être relevée par rapport à l’application
stricte du barème. »
L’analyse de la FCPE
Quand
on sait combien la notation chiffrée est un instrument d’évaluation très
imparfait, y compris lorsqu’elle doit mesurer des résultats apparemment
objectifs comme en mathématiques par exemple, on imagine sans peine les
difficultés prévisibles et l’arbitraire qui en résultera lorsqu’il s’agira de
noter la « vie scolaire » de l’élève, qui prend tant d’aspects
différents :
-
comment arrivera-t-on à apprécier par une seule note des domaines aussi divers
que l’assiduité, le respect des personnes, du matériel, l’engagement au sein et
en dehors de l’établissement, voire, comme c’est envisagé, la prise en compte
de l’attestation de sécurité routière ? Pourquoi pas les cours de
secourisme ?
-
selon quels critères objectifs sera établie la grille de notation, pour
justifier une augmentation ou une baisse de cette note ?
-
au nom de quoi l’équipe pédagogique
sera-t-elle compétente pour intégrer les éléments relatifs à l’engagement de
l’élève hors de l’établissement scolaire ?
-
comment résoudre les conditions d’inégalité des élèves, entre ceux qui auront
le temps, ou les moyens, ou les capacités de s’engager, et les autres ?
-comment
sera évalué l’engagement d’un élève qui serait amené à s’opposer à
l’administration, Comment s’assurer
d’un traitement égal dans tous les établissements ?
-
comment échapper au risque d’une double sanction, celle infligée par le chef
d’établissement ou le conseil de discipline, et les conséquences de cette
sanction dans la note de vie scolaire ?
-
comment distinguera-t-on un élève insolent d’un élève utilisant des termes dont
il n’a pas conscience qu’ils peuvent blesser (l’inverse, de professeur à
élève, pouvant aussi exister) ?
-
comment éliminer la marge de subjectivité qui existe dans la façon dont
chacun reçoit les paroles, les mimiques ou les gestes de l’autre ?
Ces
quelques interrogations montrent que l’on s’engage résolument dans le règne de
l’arbitraire qui risque de provoquer une succession de conflits entre élèves,
professeurs, …et parents.
La
note de vie scolaire ne sera qu’une éphémère solution de facilité (« Si tu
ne tiens pas tranquille, je te baisserai ta note de vie scolaire ») qui
risque de déraper en situations de marchandage et de négociation malsaines, où
il s’agira pour l’élève de faire des promesses de bonne tenue…pour rattraper
des points !
Cette
conception utilitariste, infantilisante et méprisante de la mission
éducative de l’Ecole est aux antipodes de la nôtre.
Nous
ne sommes pas opposés à ce que l’engagement des élèves en faveur de leurs pairs
au sein de l’établissement soit reconnu : par exemple en donnant du temps
et des facilités aux élèves élus pour
remplir leur mandat sans que leur travail personnel en pâtisse.
Ils
ne s’engagent pas pour obtenir « une bonne note », mais parce qu’ils
estiment nécessaire de prendre toute leur place dans le fonctionnement de
l’établissement, qui est aussi le leur.
D’autres,
s’engageant ailleurs et autrement, n’ont nullement envie d’en faire état.
Beaucoup,
qui voudraient le faire, ne le peuvent pas, trop absorbés qu’ils sont par la
somme de travail ou les difficultés scolaires qu’ils rencontrent.
La
mission de l’Ecole, ce n’est pas de noter le degré de civilité de tel ou tel
élève, c’est d’avoir pour chacun la même ambition d’accès à l’état de citoyen
responsable et agissant.
Cette
mission doit s’accomplir dans la durée, et au travers de toutes les activités
de l’établissement. Des dispositions existent et sont peu pratiquées :
l’heure de vie de classe, l’éducation civique, juridique et sociale.
Des modes de travail, qui permettaient
l’exercice effectif de l’entraide, de la coopération, du dialogue structuré et
réfléchi ont été supprimés ou largement négligés : les TPE en classe
terminale ou les IDD au collège.
Lorsque
l’élève commet une faute ou une infraction au règlement de l’établissement, il
doit être justement sanctionné : la sanction doit être proportionnelle à
la faute commise, elle doit être justifiée, acceptée, et réparatrice.
Et,
bien entendu, le règlement intérieur doit être respecté par tous, adultes y
compris : l’équipe pédagogique, qui prétend promouvoir et faire respecter
un comportement civique, doit être irréprochable en la matière.
Cette
disposition est en contradiction avec les textes existants : la circulaire 2000-105 du 11 juillet 2000 stipule
qu’« …il convient de distinguer soigneusement les punitions
relatives au comportement des élèves de leur travail personnel… ».
La
fiche d’accompagnement pédagogique précise qu’«…un comportement en classe, inadapté perturbateur, ne peut être
sanctionné par une baisse de note ou par un zéro entrant dans la moyenne de
l’élève… ».
Or
ce sera le cas, puisque la note de vie scolaire entre dans le calcul de la
moyenne pour la délivrance du diplôme national du brevet.
La
fiche d’accompagnement ajoute : « …relevant du domaine disciplinaire, il [le comportement] doit être
sanctionné d’une autre manière, par une punition ou une sanction
scolaire ».
Cette
mesure, de fait, sera inefficace : la
note de vie scolaire influerait uniquement sur la délivrance du diplôme
national du brevet, qui n’a par ailleurs aucune conséquence sur la poursuite
des études : on peut obtenir le diplôme et ne pas être autorisé à passer
dans la classe supérieure, on peut aussi passer dans la classe supérieure sans
posséder le diplôme !
Enfin,
les premières modalités de calcul définies par des établissements ou des recteurs
dont nous avons eu connaissance confirment que l’arbitraire est déjà à l’oeuvre.
Ici, l’élève se voit attribué un capital de 20 points qui est amputé plus ou
moins lourdement pour toute omission, retard, absence ou manquement ; là
il se voit attribuer 10 points qui pourront faire l’objet de bonifications et
de minorations.
Les
barèmes peuvent être parfois d’une précision scientifique redoutable : 1
point en moins au 1er retard, 2 au 2ème, 3 pour le 3ème et les
suivants et donc 9 points de retirés pour 4 retards ; en revanche, le
tarif est unique pour l’absence avec un retrait d’1 point. Mieux vaut donc
sécher plusieurs demi-journées que d’être plusieurs fois en retard de 5
minutes…
Outre
que l’établissement d’un barème automatique viole le principe de l’individualisation
des sanctions, on ne peut qu’être perplexe devant l’échelle proposée. Quant au
jeu des majorations et minorations, il faudra un petit Nicolas pour dire
comment il s’est retrouvé avec une note inférieure à zéro tandis qu’Aignan a
obtenu 35/20 !
Extraits du rapport de l’inspection générale de l’Education nationale
intitulé :
« Les acquis des élèves, pierre de touche de la valeur de
l’Ecole ? » juillet 2005
« …Contrairement
à ce qui se pratique à l’école primaire, la note demeure reine dans le second
degré ; malgré ses faiblesses. Celles-ci sont bien connues :
inconsciemment, même avec un barème, les correcteurs notent différemment un
élève supposé bon ou mauvais, un garçon ou une fille, une copie située au début
ou en fin de correction.
Consciemment,
un enseignant utilise la note pour encourager un progrès ou sanctionner une
attitude ; il note donc différemment des prestations comparables.
D’un
contrôle à un autre, la même note peut rendre compte de qualités
différentes : rapidité et technicité un jour, inventivité et expression un
autre. Sur le même devoir, la note recouvre des compétences différentes selon
qu’elle résulte d’un grappillage minutieux ou d’une partie du devoir traitée
avec brio. Le même élève, lent, émotif, ne donne pas la même prestation en
temps (trop) limité qu’en temps libre, etc. Enfin, cause maintes fois dénoncée
de la relativité de la note, l’enseignant s’efforce le plus souvent de
fabriquer un contrôle et un barème qui étalent les notes et répartissent les
élèves en trois groupes : les bons, les moyens, les faibles*.
Il
serait suspect que tous ses élèves réussissent…
La
note est donc relative, peu fidèle, peu explicite. Et pourtant elle est admise
par tous, élèves, parents, enseignants, chefs d’établissement. C’est le support
de (presque) tout dialogue sur les acquis des élèves. Il est vrai qu’elle se
communique aisément, qu’elle permet des classements, des moyennes, des
agrégats, des traitements statistiques […]
C’est
aussi en vue du brevet des collèges que se réfléchit aujourd’hui la possibilité
d’attribuer une « note de vie scolaire », une « note découverte
professionnelle » avec des critères et des pondérations difficiles à
préciser […]
Puisque
c’est la note qui compte, « avoir la moyenne » devient insidieusement
une norme et le salaire escompté d’un effort justement mesuré. Ce minimum,
lorsqu’il est atteint, apporte une certaine tranquillité à l’élève vis-à-vis du
professeur, à l’enfant vis-à-vis de ses parents et garantit le passage dans la
classe supérieure. On est loin de l’élève « acteur » de sa formation,
loin du sens des apprentissages et d’un rapport fructueux au savoir […]
La
notation stimule les élèves, les encourage et distingue les meilleurs. A
l’inverse, elle décourage, dégoûte de la matière dans laquelle les résultats
sont mauvais et fait perdre l’estime de soi. Elle touche bien souvent la
personne plus que ses acquis. Autre faiblesse, elle rend compte d’un état plus
qu’elle n’indique un but ou un chemin. La note sert peu les progrès de l’élève.
L’évaluation critériée constituerait un meilleur outil mais à condition que
l’élève fasse bon usage de ses évaluations… ».
*
Ce que André Antibi, directeur du laboratoire de didactique des sciences de
l’université Paul Sabatier à Toulouse
appelle « la constante macabre ».