Source:
FRANCE 2
Mercredi 20 septembre 2006
La
carte scolaire en question
Le ministre de l'Education nationale a entamé aujourd'hui
une consultation sur un sujet très sensible.
"Gilles de Robien reçoit d'abord syndicats d'enseignants
et associations de parents d'élèves pour engager une réforme sur la
sectorisation des écoles.
Alors que les présidentiables s'affrontent pour savoir s'il faut maintenir,
supprimer ou aménager le dispositif, le ministre a averti qu'"il n'est pas
question de supprimer la carte scolaire". Gilles de
Robien reçoit d'abord syndicats d'enseignants et associations de
parents d'élèves pour engager une réforme sur la sectorisation des écoles.
Alors que les présidentiables s'affrontent pour savoir s'il faut maintenir,
supprimer ou aménager le dispositif, le ministre a averti qu'"il n'est pas
question de supprimer la carte scolaire". En ne la remplaçant par rien du
tout, on risque "de déstabiliser l'ensemble du système éducatif", a expliqué
Gilles de Robien. "Quels que soient les aménagements, il y a deux
principes majeurs auxquels nous n'entendons pas toucher: l'objectif de mixité
sociale et la réussite scolaire des jeunes". La carte scolaire
détermine selon leur domicile l'établissement où écoliers et collégiens
doivent s'inscrire. Le ministre de l'Education nationale poursuivra sa
concertation en recevant ensuite les inspecteurs d'académie, des représentants
des maires, des conseillers régionaux et généraux. Les candidats à la
présidentielle, en premier lieu Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, s'affrontent
sans relâche sur cette question ultra-sensible qui divise à droite comme à
gauche.
Intervenant pour la première fois dans
la polémique, Jacques Chirac a estimé lundi sur Europe 1 qu'"il ne
serait ni réaliste ni juste de supprimer" le dispositif, tout en
jugeant qu'il faut en "assouplir les règles". "La
carte scolaire, c'est la garantie de la mixité sociale", a assuré
le président de la République. Il prenait ainsi le contre-pied de Nicolas
Sarkozy qui plaide pour la suppression de la sectorisation, un système
"favorable à ceux qui ont plus de relations et plus d'argent" et
"défavorable aux plus modestes".Favori des sondages à droite, le
ministre de l'Intérieur et président de l'UMP prône le "libre choix
par les parents de l'établissement scolaire de leur enfant". Dans une
tribune publiée dans "Le Monde", il a proposé de créer "un
organisme d'évaluation de chaque établissement scolaire" afin de
remédier aux contournements de la carte. Le premier ministre, Dominique de
Villepin, avait déjà réagi à ces propos en annonçant une
"concertation" avec enseignants, syndicats, parents et élus
locaux pour "aménager" le dispositif. Même si celui-ci connaît
des "problèmes évidents", elle ne doit pas, selon lui, être
"totalement supprimée". De son côté, Ségolène Royal, la star des
sondages à gauche, a suscité un tollé au parti socialiste en estimant
que la suppression de la carte scolaire "serait l'idéal",
suggérant à tout le moins d'en "desserrer la contrainte". L'ex-ministre
déléguée à l'Enseignement scolaire a ainsi proposé de laisser "le choix
entre deux ou trois établissements". Elle a demandé davantage de
moyens pour les établissements les plus en difficulté. Pour l'ancien
premier ministre Laurent Fabius, également candidat à l'investiture
socialiste, une telle modification aboutirait à "introduire
la concurrence entre établissements, c'est-à-dire rapidement la
marchandisation, et [dans ce cas, NDLR], vous n'avez plus aucune mixité
sociale". Quant à Lionel Jospin, il a estimé qu'abroger la sectorisation
scolaire
provoquerait "un formidable phénomène d'inégalité dans notre pays".
Un autre ancien ministre de l'Education nationale et
présidentiable socialiste, Jack Lang, s'est, lui, déclaré partisan du
dispositif, tout en prônant des mesures pour l'améliorer et la rendre
plus "contraignante". Il faut "faire respecter la
carte scolaire", a jugé de son côté Dominique Strauss-Kahn, en
appelant à "renforcer les moyens" mis en oeuvre pour
"lutter contre l'échec scolaire"."Donner plus de choix aux
familles ne règle rien sur le fond", a tranché Marie-George Buffet,
secrétaire nationale du PCF, préconisant une "politique d'aide aux
familles en difficulté" et une augmentation des moyens des écoles.
François Bayrou, président de l'UDF et lui aussi ancien ministre de
l'Education nationale, a suggéré "des marges de souplesse" dans
la sectorisation, mais s'est dit opposé à la suppression de la
carte scolaire.
La position de l'enseignement privé
D'ores et déjà, l'enseignement catholique (19 % des enfants et
adolescents scolarisés, 97 % de l'enseignement privé) refuse d'être
intégré à la carte scolaire. "Dans nos principes, nous ne pouvons pas
accueillir quelqu'un de force", a assuré son secrétaire général, Paul
Malartre. La fédération de parents d'élèves FCPE avait suggéré que le privé se
plie aux obligations de la carte scolaire.
En matière de scolarisation, "le statu quo n'est pas tenable", estime
Paul Malartre. Celui-ci , qui doit aussi être reçu par le ministre de
l'Education nationale, se dit favorable à l'idée que les parents aient le choix
entre plusieurs établissements, dont un privé.
"L'enseignement catholique comprendra un aménagement de la
carte scolaire du public", assure-t-il. "Ne serait-ce, a-t-il
reconnu que pour "éviter que l'on continue de penser que le privé
n'existe que pour contourner la carte scolaire". "Nous espérons
être choisis pour nos projets éducatifs", avance-t-il.
"A l'origine, on a constaté que la carte scolaire, qui avait été créée
pour équilibrer les effectifs dans les collèges qui se multipliaient,
permettait une certaine mixité sociale", a-t-il rappelé. Mais depuis
"l'évolution urbaine a fait que les périmètres géographiques sont de plus
en plus homogènes et la carte scolaire rigide favorise, à son corps
défendant, la ghettoïsation", a analysé le secrétaire général de
l'Enseignement catholique.
Réactions des partenaires sociaux
La FCPE s'oppose à toute remise
en cause de la sectorisation scolaire. Elle rappelle son refus de voir
instaurer une concurrence scolaire hasardeuse et acharnée.
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La FCPE s'inquiète des diverses
annonces remettant en cause la sectorisation scolaire et rappelle son refus de
voir instaurer une concurrence scolaire hasardeuse et acharnée.
La sectorisation est un outil, son application dépend de la volonté politique
des décideurs. A eux de ne pas céder aux pressions d’une minorité. Faute de
volonté, ces règles n’ont en fait jamais été véritablement appliquées. Un peu
facile ensuite de déplorer que certains établissements soient devenus des
"ghettos" pour justifier a posteriori les pratiques de contournement.
Supprimer la
sectorisation aurait immanquablement pour conséquence de créer une véritable
désorganisation du système éducatif et du territoire. Comment les
établissements, les collectivités territoriales et l’administration de
l’Education nationale géreraient-il, en termes d’attribution de crédits et de
postes notamment, les conséquences du libre choix par les familles de
l’établissement de leurs enfants ? Sur quel critère tel élève serait
accepté et tel autre refusé dans un établissement très demandé...
Que propose-t-on pour remédier aux raisons qui poussent les parents d’élèves à
fuir l’établissement de leur secteur avant de renoncer à un système qui
présente l’avantage de permettre la mixité sociale indispensable à la
réussite de tous ? Sans sectorisation, il n’y aurait plus que des
établissements ghettos où chacun resterait "entre soi".
Assurer la réussite de tous les élèves passe par un véritable projet
d’établissement qui repose sur une pédagogie adaptée et l’attribution de réels
crédits supplémentaires aux établissements les plus en difficulté avant qu’ils
ne soient désertés.
A quoi servirait de créer un service civique pour les jeunes adultes si l’on
n’apprend pas aux enfants à vivre ensemble ? L’éducation mérite un véritable
courage politique et non pas un renoncement.
- Le secrétaire général de l'Unsa-éducation, deuxième fédération du monde éducatif, Patrick Gonthier, a déclaré à l'AFP qu'il ne fallait "pas s'attendre à des propositions novatrices" sur ce thème, à l'issue de sa rencontre avec Gilles de Robien. La délégation de l'Unsa-Education a rappelé au ministre que "la question de la mixité sociale dépasse la seule carte scolaire" et qu'elle devait être abordée sous un angle "interministériel"."On lui a dit qu'il fallait tenir compte des stratégies d'évitement des parents, en concentrant plus de moyens, plus d'adultes, dans les établissements les plus en difficulté", a assuré Patrick Gonthier. Selon lui, "Il faut inverser l'image de certains établissements en les dotant de filières d'excellence pour attirer et maintenir les élèves".
"Du côté du ministère, les propositions ne sont
visiblement pas arrêtées et on va vers une consultation sans cadre bien
défini et sans perspective", a expliqué le responsable, en assurant
que le résultat de cette consultation sera "des mesures qui
cibleront tel ou tel secteur mais pas une réforme d'ensemble".
A ses yeux, le principe de la consultation entreprise est un peu
précipitée. "Nous avons trois partis en compétition électorale:
l'UMP, le PS et le gouvernement", a regretté Patrick Gonthier.
"Dès qu'une question est posée, au lieu de prendre de la
hauteur, d'élargir au problème de la mixité sociale dans son ensemble, le
gouvernement reste dans le domaine de la riposte, comme le font les
partis".
Ce qu'on attend d'un gouvernement, c'est qu'il place l'Ecole hors des
tensions, de la surenchère dans la polémique, toujours un peu désastreuse
pour tout le monde", a-t-il conclu. - Le SE-Unsa a
protesté pour sa part contre la participation de l'enseignement
catholique et des parents d'élèves du privé (Unapel) aux concertations
sur l'"aménagement" de la carte scolaire.
"Consulter sur la sectorisation de l'Enseignement public les
représentants des écoles privées qui lui font concurrence, il fallait y
penser ! (Gilles) de Robien, dont le tropisme politique en faveur privé
se confirme un peu plus chaque jour, entend le réaliser", écrit le SE
dans un communiqué, évoquant une "provocation supplémentaire".
Le syndicat a jugé que le privé était "incontestablement le plus mal
placé pour disserter sur la mixité sociale que seul le service public
d'Education assume dans les faits". Pour le SE-Unsa, l'enseignement privé
sous contrat "n'accueille que 3,9% des collégiens en Segpa"
(classe d'adaptation pour élèves en grandes difficultés) et "5,28% des
enfants de nationalité étrangère". "Il est par ailleurs
totalement absent de l'éducation prioritaire".
- Tout en disant "optimiste" pour la suite, le secrétaire général
du SNPDEN-Unsa, principal syndicat des chefs
d'établissement, Philippe Guittet, a néanmoins critiqué un "débat
biaisé", puisque, "depuis 1990, 47 % des établissements et 27 %
des lycées sont visés par un assouplissement de la carte scolaire d'après
une note du ministère lui-même".
- Si la concertation "accouche d'une souris, j'en serai assez
content", a d'ailleurs ironisé Faride Hamana, président de la FCPE,
qui craint "des propositions démagogiques" et rappelle que
"c'est un problème complexe dans une période médiatique très
forte".
La FCPE a renouvelé auprès de Gilles de Robien sa suggestion que
"l'enseignement privé soit partie prenante à la carte scolaire".
Puisque les familles utilisent le privé pour la contourner, celui-ci
"fait immanquablement partie de la carte scolaire", a argumenté
son président.
- La Société des agrégés a estimé dans un communiqué
que "la suppression de la carte scolaire conduirait à une
situation encore plus inégalitaire".
"Sans doute des aménagements sont-ils nécessaires pour désenclaver les
zones ghettos mais la suppression de la carte scolaire ou le
choix donné aux familles entre plusieurs établissements conduirait à une
situation encore plus inégalitaire", est-il écrit dans sle
communiqué.
Pour cette organisation classée à droite, "le meilleur moyen de
lutter contre ces inégalités est de restaurer partout l'autorité du
savoir" et de "renoncer aux 'projets d'établissement' qui sont autant
de facteurs de disparités".
Elle a déploré également "l'extension considérable du marché des cours particuliers
à domicile, subventionnée à 50% par l'Etat" et estimé que
"l'Etat dépense pour les entreprises privées des sommes considérables au
lieu de les investir dans l'amélioration de la transmission des connaissances à
l'Ecole".