60ème congrès national à Périgueux, les 3,
4 et 5 juin 2006
Intervention d’ouverture par Georges
Dupon-Lahitte, Président de la FCPE
Chers amis, chers camarades,
Cette année scolaire
est à marquer d’une pierre noire.
Rarement on aura vu tel
acharnement, tel cynisme, tel mépris envers les jeunes, envers leurs familles,
envers les enseignants
qui refusent la fatalité de l’exclusion scolaire et sociale.
Nommé le 2 juin 2005,
l’actuel Ministre de l’Education nationale avait pris l’engagement de mettre
« toute sa capacité
d’écoute et de dialogue au service de ce ministère ».
Il promettait : « Quand
j’aurai entendu tout le monde, je prendrai des décisions pour le meilleur
résultat possible dans
le meilleur esprit possible ».
L’entreprise de
séduction a été de courte durée.
Mis en demeure
d’appliquer sans délai la loi Fillon qui avait précipité le départ de son
auteur, il troqua
sans sourciller la
concertation pour la précipitation, présentant au Conseil Supérieur de
l’Education du
7 juillet une avalanche
de textes, rendant impossible toute réflexion et tout débat sérieux.
Invité à notre journée
des présidents, il se répandait en compliments sur les parents d’élèves –je
cite-
« pleinement membres de
la communauté éducative, premiers éducateurs, interlocuteurs privilégiés et
permanents des enseignants,
auxquels il promettait un texte « qui sera un socle de référence ». Nous
l’attendons encore, et
j’en reparlerai plus loin.
Nous avions raison
–mais c’est devenu, par delà les gouvernements, une sage précaution- nous
avions raison de rester
vigilants.
Car très vite les
paroles apaisantes furent oubliées : il était temps, pour le Ministre
–professeur, de
siffler la fin de la
récréation.
Et siffler la fin de la
récréation, c’est d’abord mettre au pas cette jeunesse turbulente, à laquelle
il faut
réapprendre les vraies
valeurs, face à laquelle il faut rétablir une autorité qui lui fait défaut pour
qu’elle
retrouve le chemin du
travail.
Il faut débarrasser nos
écoles de celles et ceux qui n’ont rien à y faire : n’ayant aucun goût pour les
études, il faut leur
occuper les mains.
Exonérant l’Ecole de
toute responsabilité d’échec, il pointe du doigt la société. L’échec, c’est
celui de
l’élève et de sa
famille.
Ce sont donc eux qui,
en priorité absolue, seront l’objet de la « sollicitude » ministérielle.
Des violences urbaines
de novembre dernier, le gouvernement n’a rien vu venir. Aux véritables
poudrières que
constituaient et constituent toujours les territoires ghettoïsés, gangrenés par
le
chômage massif des
jeunes, les propos provocateurs du Ministre de l’Intérieur et indignes d’un
homme d’Etat ont servi
de détonateur.
Et il est faux de
prétendre que nul n’avait donné l’alarme.
De certains élus locaux
à de nombreux responsables associatifs, en commençant par les militants
FCPE, les
avertissements n’ont pas manqué.
Certaines zones
connaissaient, et connaissent toujours, une situation explosive.
Le Ministre de
l’Intérieur aurait bien voulu y voir un complot : ses propres services de
renseignements
l’ont démenti.
Cette soudaine flambée
de violence, déclenchée par la mort de deux jeunes gens affolés par la
pression policière,
aurait dû constituer un avertissement pour le gouvernement.
Finalement, il n’en a
rien été.
Le Premier ministre a
répondu, dans l’urgence et l’improvisation, par un plan en cinq points,
destiné,
selon ses propres
termes, à faire de l’année 2006 l’année de l’égalité des chances.
Qu’on en juge.
Outre la création d’un
grand service public de l’orientation, qui est toujours dans les cartons,
quatre
mesures exceptionnelles
furent annoncées :
-
l’apprentissage à quatorze ans ;
-
le renforcement des ZEP ;
-
l’évaluation de la maîtrise de la lecture avancée du CE2 au CE1 ;
-
la responsabilisation des parents d’élèves absentéistes.
On est pris de vertiges
quand on se penche sur le gouffre qui sépare ces quelques mesurettes de la
situation d’abandon
dans laquelle se trouvent des milliers de jeunes.
Nous aurions pu, a
minima, nourrir quelque espoir à voir le ministre se préoccuper de l’avenir des
zones d’éducation
prioritaire. Pourtant :
-
aucun bilan sérieux de la situation actuelle ;
-
aucune référence aux rapports rédigés à ce sujet, dont le toujours actuel
rapport « Moisan-
Simon
» dont le titre : « les déterminants de la réussite scolaire en zone
d’éducation
prioritaire
» était significatif de l’orientation que les auteurs de ce rapport
souhaitaient donner
à
l’action engagée dans ces zones ;
-
aucun moyen supplémentaire, bien au contraire, puisqu’on prive tous les
collèges d’une
partie
du temps consacré à la prévention de l’échec scolaire pour l’affecter aux
collèges
«
ambition réussite ». Quoi qu’en dise le ministre dans son discours du 8 février
2006, il s’agit
bien
de « déshabiller Paul pour habiller Jacques » !
-
aucune leçon tirée des événements récents, puisque le ministre de l’Education
nationale
définit
une « nouvelle logique » qui, selon lui, « consiste à ne pas découper des
zones, mais à
définir
des publics, selon des critères homogènes et plus précis. »
Et
il ajoute : « Il s’agit avant tout de s’intéresser aux personnes, et d’agir sur
tous les leviers
disponibles
pour améliorer leur situation ».
La politique des ZEP,
perfectible mais si injustement décriée par certains, s’est-elle jamais
désintéressée des
individus ?
Comment ne pas voir,
dans les propos du Ministre, une contradiction entre le fait de gommer la
logique de zone, pour
affirmer un peu plus loin qu’il faut « agir sur tous les leviers disponibles ».
Et où se trouvent ces
leviers, sinon dans la capacité à agir, non seulement à l’Ecole, mais sur son
environnement, sur le
logement des familles et donc le confort des élèves, sur les équipements
socioculturels, sur la
prise en charge péri-éducative des jeunes, sur le tissu économique du
territoire
qui doit réduire le
chômage ?
Faut-il renvoyer le
Ministre de l’Education nationale à la lecture salutaire des textes fondateurs
de son
prédécesseur Alain
SAVARY : « La politique des zones prioritaires […] constitue un instrument
privilégié de lutte
contre les inégalités devant l’école et, plus généralement, contre les
inégalités
sociales […] c’est
pourquoi il faut rechercher …tous les moyens d’une intervention multiple dont
les
effets conjugués ne
peuvent que se renforcer… ».
Mais plus encore, comme
nous l’avons déjà écrit, il faut être profondément convaincu que toute
politique éducative,
dans ce domaine, quels que soient les moyens accordés, ne sera couronnée de
succès que si
l’institution scolaire est porteuse d’une dynamique de changement radical en
termes de
démarche pédagogique,
de modification profonde de la relation du jeune avec son ou ses
enseignants.
Il n’y aura pas
d’amélioration durable si l’on n’est pas persuadé que tout jeune est éducable,
et que
chacun d’entre eux a
droit à beaucoup plus, et réclame beaucoup plus, qu’une simple trousse de
secours rudimentaire.
Il n’y aura pas de
transformation profonde si l’on ne se décide pas à s’attaquer à une rénovation
radicale de la mission
des enseignants, qui doivent passer du temps à vérifier auprès de chacun des
élèves que les
connaissances qu’ils transmettent sont acquises, et mettre en place pour cela
les
dispositifs de
remédiation et d’accompagnement nécessaires.
De ce point de vue, et
depuis des années, c’est le courage politique qui manque, le courage
politique de dire aux
enseignants : mettez vos actes pédagogiques en cohérence avec vos
déclarations de
principe sur le droit à la réussite de tous les jeunes.
Mettons en place une nouvelle organisation de
l’école qui, parce qu’elle s’adressera en priorité à ceux
qui sont en difficulté,
profitera à tous.
De nombreux enseignants
y sont prêts : il faut se servir de ce levier pour faire bouger une machine qui
s’ankylose et qui,
finalement, se satisfait d’une politique qui exclut sans ménagement ceux qui
n’ont
pas été fabriqués dans
le moule.
A la FCPE, nous ne
cessons de le dire, de le répéter.
Nous nous obstinerons.
A l’approche
d’échéances électorales décisives, nous interpellerons celles et ceux qui ont
pour
ambition de diriger le
pays.
Nous le ferons, comme
d’habitude, sans complaisance et sans attitude partisane, sur la base de nos
principes, de nos
objectifs, de nos convictions, sur la base du projet éducatif que nous avons
collectivement élaboré.
Que chacun en soit bien
persuadé : nous sommes, à la FCPE, plus que jamais, en situation de
mobilisation
permanente, de véritable résistance, car notre conception éducative se situe
aux
antipodes de celle qui
est développée par le gouvernement.
Il faut, disons le tout
net, revenir aux premiers mois du ministère Allègre pour retrouver quelques
moments d’embellie, une
époque où il y eut confrontations, parfois conflits, mais en tout cas véritable
dialogue.
Il nous semblait
qu’enfin la politique menée commençait à appliquer, pour les parents d’élèves,
la loi
d’orientation de 1989,
en les reconnaissant pleinement comme membres permanents de la
communauté éducative.
Ensuite, ce ne fut
qu’attentisme, puis abandon de toute ambition éducative par des ministères qui
n’avaient accepté le
porte-feuille de l’éducation que par défaut, pour en arriver, finalement, à une
remise en cause d’un
service public d’éducation qui soit celui de toutes et de tous.
L’apprentissage à
quatorze ans, ou l’apprentissage junior –ça passe mieux dans les médias et ça
fait
plus jeune ! –en est un
révoltant exemple.
Sur cette question, il
n’y a, pour la FCPE, aucun argument qui tienne, aucune concession qui
soit possible, aucune
négociation qui soit envisageable, aucun compromis qui soit acceptable.
Il est inutile de
tergiverser.
Là-dessus, nous
tiendrons bon, parce que c’est, très profondément, le parent d’élève, le
responsable
de ses enfants et des
jeunes de ce pays qui s’insurge violemment contre la pire des injustices, celle
qui consiste à priver
le jeune de son droit à l’éducation, de son droit à progresser, de son droit au
meilleur niveau de
qualification possible.
Je vous renvoie, à cet
égard, aux multiples communiqués que nous avons diffusés, aux déclarations
communes que nous avons
signées, à la lettre ouverte que nous avons adressée au Ministre de
l’Education nationale.
Voici ce que nous
écrivions, le 8 novembre 2005 :
«A ceux qui ne peuvent
se couler dans le moule, le gouvernement répond : puisque vous n’êtes pas
capables, puisque
l’Ecole vous ennuie, puisque vous ne savez pas vous soumettre au modèle
culturel
dominant, alors, dehors
! Au travail !
Avec quelle formation ?
Pour quel avenir professionnel ?
Le gouvernement n’en a
cure. Dépassé par les évènements, il s’affole, pare au plus pressé, veut
rassurer en ressortant
ses vieux oripeaux pédagogiques.
Décidément, ce
gouvernement n’a rien compris ou ne veut pas comprendre : à une jeunesse qui
demande plus d’aide,
plus de considération, plus d’éducation, il offre une politique de l’abandon et
du
mépris qui porte les
germes de tensions sociales futures encore plus graves.
Comment, dans ces
conditions, ne pas craindre le pire ? »
Nous n’allons pas nous
réjouir que la suite, malheureusement, nous ait donné raison.
Fallait-il être devin
pour craindre que la situation n’empire ?
Sûrement pas.
Mais il fallait être,
jusqu’à l’aveuglement, bardé de certitudes, sûr de soi et dominateur, plus
animé par
esprit de revanche
politique que par sens du service de l’Etat pour persister à conduire une
politique
qui, rarement, fut à ce
point marquée par la logique d’exclusion et de mépris de la jeunesse.
Exclusion, le mot clé
de ce gouvernement !
Exclusion des jeunes confinés à la marge des
grandes villes, ou dans la pauvreté culturelle et sociale
de certaines zones
rurales !
Exclusion brutale de la
jeunesse issue de l’immigration, sans ménagement et avec le plus parfait
cynisme.
Exclusion massive des
jeunes du marché du travail, essentiellement… parce qu’ils sont jeunes, donc
inexpérimentés.
Exclusion des jeunes
qui n’ont pas, comme disent nos bons esprits, de « goût pour les études
abstraites ». C’est ce
qu’on appelle, ni plus ni moins, de l’apartheid scolaire ou de l’épuration
pédagogique.
Exclusion systématisée
par des conseils de discipline revus et corrigés pour l’occasion.
Exclusion programmée et
tentée comme mode de régulation du travail des jeunes avec le contrat
première embauche !
Là aussi, que n’a-t-on
dit de la FCPE, accusée en vrac de se mêler de ce qui ne la regardait pas,
accusée de manipuler la
jeunesse, accusée d’être toujours contre, accusée de faire de la politique
politicienne.
A ceux qui acceptent
d’entendre, je redis les choses, calmement et simplement :
-
C’est en tant que fédération de parents d’élèves que la FCPE s’est opposée au
CPE. C’est la
voix
de parents d’élèves responsables, pleinement dans leur rôle de parents, qui
refusent
qu’on
offre aux jeunes la précarité comme seul horizon, qu’elle s’honore d’avoir
porté.
-
Les jeunes, elle les a invités à débattre entre eux, démocratiquement, des
problèmes qui les
concernent
directement, c’est-à-dire de leur avenir. Elle n’est pas intervenue dans leurs
débats
internes, elle a dialogué d’égal à égal avec leurs organisations
représentatives. Elle a
veillé
à leur sécurité quand celle-ci était compromise, soit par des éléments
extérieurs, soit par
des
forces de l’ordre qui répondaient à des manifestations pacifiques par une
brutalité
révoltante.
Pour tout dire, la FCPE
est particulièrement fière d’une jeunesse qui –très massivement- a répondu
au mépris par un
engagement responsable, par une attitude qui est l’antidote de l’infantilisme
dans
lequel on voudrait la
confiner et de l’irresponsabilité à laquelle on voudrait la réduire.
Oui, chers amis, nous
sommes fiers de cette jeunesse là !
Et pourtant, elle a
bien du mérite !
Dès la prime enfance,
certains voudraient bien la ficher en stigmatisant ses moindres écarts pour en
faire des délinquants
programmés.
Les mêmes, et dans le
même esprit, voudraient bien se débarrasser définitivement de l’ordonnance
de 1945 et rabaisser la
majorité pénale à seize ans.
Dans son avant projet
de loi sur la prévention de la délinquance, le Ministre de l’Intérieur aurait
écrit :
« La sanction est
incontournable, elle est la première étape de la prévention ».
Nous pensions, nous,
innocemment, que la prévention avait pour objectif d’éviter l’infraction, et
donc
de rendre la sanction
inutile.
Eh bien non ! La
méthode qu’on applique à la jeunesse, c’est maintenant :
Je punis d’abord,
j’explique après.
Je sanctionne tout de
suite : car un jour ou un autre, tu seras un délinquant, mon fils !
Cela nous rappelle
cette répugnante plaisanterie misogyne : « Si tu ne sais pas pourquoi tu bats
ta
femme, elle, elle le
sait ».
Bref, par nature, cette
jeunesse est dangereuse, turbulente, déviante, perverse.
Il faut donc canaliser
cette énergie inquiétante, étouffer cet enthousiasme suspect, encadrer cette
vitalité débordante.
Les parents ? Même
traitement !
On va leur apprendre ce
qu’est la responsabilité parentale !
Sont-ils déficients,
débordés, dépassés, accablés ou assommés par une situation familiale ou
économique
insurmontable ?
Non, ils sont,
globalement, irrémédiablement coupables.
Coupables de ne pas
s’occuper de la scolarité de leurs enfants, alors que par ailleurs ils sont
interdits
d’entrer à l’Ecole.
Coupables de ne pas
lutter contre l’absentéisme de leurs enfants, alors que l’Ecole exclut,
décourage,
désespère quand elle
oriente par l’échec ou quand la société impose aux jeunes de travailler à côté
pour compléter le
budget familial ou se faire un peu d’argent de poche.
Coupables quand ils
sont responsables et donnent de la voix pour exprimer leur désaccord. Ils
seront
alors sanctionnés pour
« trouble porté au fonctionnement d’un établissement scolaire ».
La préfiguration d’une
« police des familles », voilà ce qu’est, en réalité, le contrat de
responsabilité
parentale, auquel la FCPE continuera de s’opposer sans faiblesse.
Mais qui sont-ils, ces
responsables politiques pour se poser en donneurs de leçons, pour se faire,
envers la jeunesse,
leur famille, et l’ensemble des citoyens, les hérauts d’une autorité retrouvée
qui
s’instaure en gendarme
de la morale ?
Mais qui ose nous
parler de morale ?
-
ceux dont l’ambition personnelle et la haine qu’ils se portent mutuellement
s’exhibent sans
vergogne
au plus haut niveau des responsabilités ?
-
ceux qui, y compris au sein même du service public de l’information,
transforment celui-ci en
gigantesque
« mercato » où journalistes et animateurs s’achètent, se vendent, se monnayent
à
prix d’or comme des joueurs de foot-ball
-
ceux qui vantent à la jeunesse la précarité comme une faveur, mais dilapident
les fonds
publics
en mettant en faillite leur entreprise, non sans avoir au passage, récolté un
confortable
matelas
de stock-options ?
-
-
celui qui, au plus haut sommet du pouvoir, complète des lois d’amnistie pour
blanchir ses
amis
politiques ?
Est-ce cela
l’exemplarité qu’on propose à notre jeunesse ?
Faut-il s’étonner
qu’une minorité d’entre elle ait succombé aux mirages du trafic souterrain
quand on
lui donne comme modèle
dominant de réussite sociale le triomphe et la notoriété par l’argent,
l’enrichissement à tout
prix et par tous les moyens ?
Tout cela suscite dans
notre fédération un profond sentiment d’écœurement.
Plus même : un
sentiment de colère et de révolte.
Mais la force qui se
dégage de notre engagement collectif nous permet de dépasser le
découragement et la
lassitude.
A la résignation de
certains, nous opposons la volonté – je dirai même le devoir- de résister, de
tenir
bon, avec toutes celles
et ceux qui n’acceptent pas qu’en affaiblissant le service public d’éducation,
on
fasse délibérément
l’impasse sur l’avenir de milliers de jeunes, de milliers de familles pour qui
l’Ecole
publique est le seul
instrument de promotion sociale, professionnelle et personnelle.
Mais elle est plus
encore que cela ; elle est aussi, et c’est une de ses dimensions fondatrices,
le lieu
où les jeunes
apprennent à vivre et à travailler ensemble, d’où qu’ils viennent et quels
qu’ils soient.
L’Ecole publique est le
creuset de la mixité sociale, là où s’exerce cette laïcité exigeante qui
apprend
à respecter l’autre, à
accepter que l’autre ait parfois raison, qui apprend à sortir de l’emprise de
l’opinion pour
apprendre à penser par soi-même.
Elle est éminemment un
lieu d’éducation, et elle l’a toujours été : cet espace privilégié d’accession
à la
vie collective, à la
vie sociale, où on apprend à grandir, à s’apprécier, à se reconnaître par la
coopération,
l’entraide, la solidarité et le sens du travail en équipe.
Gilles de Robien est
ministre de l’Education nationale. Avec son collègue ministre délégué à
l’enseignement
supérieur, il est garant du fonctionnement et de la promotion du service public
d’éducation, dont le
devoir est d’accueillir tous les élèves, sans exception.
Pour autant, on aura
rarement vu des ministres se manifester de manière si ostensible dans les
établissements
d’enseignement privé et auprès de leurs responsables.
Rarement on aura vu un
ministre multiplier les cadeaux à un réseau qui bénéficie des deniers de l’Etat
–
et donc du contribuable – sans que pèsent sur lui les contraintes de
l’enseignement public.
Il arrive même que
certain sénateur de l’opposition lui donne un très sérieux coup de main…
Je vous le demande : à
qui faire confiance ?
Plus que jamais,
comptons d’abord sur la vitalité de nos propres forces, préservons comme
nous l’avons toujours
fait notre indépendance de réflexion et d’action !
Si les établissements
d’enseignement privés remplissent une mission de service public, alors, allons
jusqu’au bout :
discutons de leur intégration dans le service public, car entretenir deux
systèmes
d’enseignement
concurrentiels, non seulement entretient la ségrégation scolaire, mais constitue
de
plus un véritable
gâchis pour la Nation.
Mais dès lors que le
ministre de l’Education nationale et les responsables de ces établissements
privés nous opposent je
ne sais quel caractère propre, alors on change de terrain, et on se place
délibérément sur celui
de l’idéologie.
Cette idéologie n’est
pas la nôtre, et s’y référer pour justifier un réseau d’enseignement
concurrentiel,
c’est pour un ministre
de la République, être en contravention avec le respect de la laïcité de l’Etat.
Il contrevient
également à la nature même du service public d’éducation quand il est complice,
par
solidarité
gouvernementale, de l’accroissement de la privatisation du réseau
d’établissements français
à l’étranger.
Et le gouvernement
poursuite la même logique lorsqu’il réduit de façon drastique les moyens de
l’enseignement agricole
public, et fait ainsi le lit du privé.
Sur ces plans-là aussi,
et en toute cohérence, la détermination de la FCPE est inentamée :
-
nous exigeons le droit la gratuité de l’enseignement pour les enfants Français
à l’étranger : cet
engagement
est désormais clairement partagé avec le SGEN-CFDT, le SNUipp, le SNES, le
SE-UNSA
et l’Association Démocratique des Français à l’Etranger, organisations avec
lesquelles
nous avons signé une déclaration qui proclame notre volonté commune d’atteindre
à
terme la gratuité pour tous.
-
Nous exigeons que tous les moyens de la puissance publique soient mis à la
disposition du
développement
et de la promotion de l’enseignement agricole public. C’est le sens des
initiatives
que nous avons prises récemment avec le SNETAP.
Vous l’avez compris :
Parce qu’elle est seule
porteuse de l’aspiration à l’égalité entre les jeunes, à la justice sociale,
à l’éducation à la
responsabilité, à la liberté, à la solidarité, l’unification du service public
d’éducation nationale,
laïque et gratuit, reste un objectif et une revendication fondamentale de
la FCPE !
Idéologue quand ça le
sert ou cela sert sa famille de pensée, le ministre de l’Education nationale
n’hésite pas à
manipuler et à triturer le concept quand il s’agit de régler quelques comptes.
Ainsi déclare-t-il, à
la convention de l’UMP pour l’éducation, le 22 février 2006 : il faut «sortir
de
l’idéologie du
pédagogisme» qui a «déconsidéré les apprentissages élémentaires» et a été
«imposée
aux enseignants».
Si l’on comprend bien,
le ministre lance un sos-éducation pour sauver les lettres…
Qui vise-t-il et que
cherche-t-il ?
Qui vise-t-il d’abord ?
Il vise les pédagogues
qui affirment deux choses, simultanément :
1
– Tous les élèves peuvent apprendre.
2
– Nul ne peut obliger un élève à apprendre contre sa volonté.
Engagés à la fois par
cette conviction et par ce constat, les pédagogues recherchent, inventent les
démarches et les
procédures diversifiées qui défrichent pour chaque élève le chemin de la
réussite.
Comment ne pas avoir, à
ce moment, une pensée affectueuse pour notre ami et camarade Jacques
GEORGE, militant
syndical au SGEN-CFDT, militant pédagogique au CRAP-Cahiers pédagogiques,
récemment disparu ?
Que cherche-t-il
ensuite ?
Il cherche à
discréditer les dits pédagogues, car ils militent pour un modèle d’Ecole,
d’Ecole pour tous,
d’Ecole démocratique,
modèle totalement à l’opposé de celui que prône l’actuelle majorité politique :
celle-ci ne rêve que
d’une chose, reconstituer l’élitisme républicain, réservant la voie générale,
seule
voie d’excellence, à
une jeunesse élue, tout en réservant des strapontins à quelques boursiers
méritants, en guise
d’alibi démocratique.
Voilà la réalité crue,
limpide : pensez simplement à l’apprentissage à 14 ans, à la découverte
professionnelle en
3ème, à l’orientation masquée en fin de 5ème.
Par ce discours
démagogique, qui le ministre cherche-t-il à berner ?
Prendrait-il les
parents pour des imbéciles ?
Doit-on lui conseiller
la lecture édifiante de quelques grands pédagogues, ceux qui, en priorité, ont
pris en charge
l’éducation des enfants dont personne ne voulait, les exclus, les réfractaires,
les nuls,
les violents, les
malpolis, les malpropres, les rebelles, les insoumis : Pestalozzi, Cousinet,
Albert
Thierry, Jean Zay,
Célestin Freinet, Fernand Oury, Germaine Tortel, Makarenko, et tant d’autres !
De peur d’être
impertinents, restons-en au «révolutionnaire» Jules Ferry, que ne devrait pas
désavouer le ministre
de l’Education nationale.
Car celui qui n’était
alors - si l’on peut dire – que ministre de l’Instruction publique, tenait les
propos
suivants, dans un
discours prononcé le 2 avril 1880 :
«Les méthodes nouvelles
qui ont pris tant de développement, tendent à sa répandre et à triompher :
ces méthodes
consistent, non plus à dicter comme un arrêt la règle à l’enfant, mais à la lui
faire
trouver. Elles se
proposent avant tout d’exciter et d’éveiller la spontanéité de l’enfant, pour
en
surveiller et diriger
le développement normal, au lieu de l’emprisonner dans des règles toutes faites
auxquelles il ne
comprend rien».
Question au ministre de
l’Education nationale : faut-il bannir Jules Ferry de la formation des maîtres
pour idéologie
pédagogiste ?
En pédagogie, tout le
monde est perfectible, même Gilles de Robien ! Prenons par exemple la
surréaliste polémique
sur l’apprentissage de la lecture qu’il a sciemment provoquée, avec l’aide de
quelques conseillers
qu’il est allé dégoter dans les pires officines conservatrices.
Ce faux débat, monté de
toutes pièces, avait en fait un triple objectif, finalement très éloigné des
problèmes
d’apprentissage de la lecture :
-
Il fallait d’abord remettre sur les rails la frange la plus réactionnaire du
champ éducatif ;
-
Il fallait ensuite détourner l’attention des vraies difficultés qui plombent le
système éducatif en braquant les projecteurs sur un thème porteur et médiatique
: « la guerre des méthodes »
-
Il fallait enfin instrumentaliser l’angoisse légitime des parents sur ce sujet,
en accumulant
contrevérités
et réponses simplistes, pour éviter de répondre sur le fond à un problème
complexe
qui remet en cause la formation des maîtres, le cloisonnement pédagogique, et
replace
en première ligne la question de savoir pourquoi la mise en place des cycles –
et
notamment
celui des apprentissages fondamentaux - est restée lettre morte.
Il était effectivement
moins risqué de faire monter en neige les idées reçues, les clichés, les
stéréotypes, que de
traiter les vraies questions.
Macaquerie !
Une fois de plus, belle
opération de diversion, à laquelle la FCPE a répondu, en compagnie
d’organisations
syndicales et de mouvements pédagogiques : un quatre pages « apprentissage de
la
lecture » est en cours
d’élaboration : dès la rentrée scolaire prochaine, toutes les organisations,
associations et
mouvements qui ont participé à la confection de ce document appelleront à des
réunions d’information
systématiques parents-enseignants de cours préparatoire (ou mieux, de
l’ensemble du cycle
grande section de maternelle, CP-CE1).
Oui, les parents
s’intéressent à la pédagogie.
Ils ont même
l’intention de s’y intéresser de plus en plus.
Comment d’ailleurs,
pourraient-ils rester indifférents à la façon dont leur enfant apprend, à la
façon
dont on l’aide à
apprendre, à la part qu’ils peuvent et doivent prendre, en tant que parents,
dans ces
apprentissages ?
Ah ! Ces parents que,
selon la conjoncture, on dorlote ou on méprise, on embobine ou on caresse
dans le sens du poil !
Je l’entends encore,
notre ministre, à la journée des présidents de septembre 2005, évoquer les
partenaires individuels
et institutionnels que nous sommes, les premiers éducateurs, interlocuteurs
privilégiés et
permanents des enseignants, pleinement membres de la communauté éducative, tout
ceci devant être
légitimement inscrit dans un texte réglementaire qui serait un socle de
référence.
Nous avons entamé des
discussions avec le cabinet du ministre.
Nous avons fait part de
nos attentes.
Nous avons posé comme
préalable un calendrier qui rende ce texte applicable dès la prochaine
rentrée scolaire, donc
diffusé fin juin au pire dans tous les établissements scolaires.
Il était donc
nécessaire que ce texte passe au Conseil supérieur de l’éducation en mars.
Nous attendons toujours
: selon nos dernières informations, il passerait au CSE du 22 juin prochain…
Je le dis clairement :
à ce jour, nous considérons que le Ministre n’a pas tenu ses
engagements !
Le texte éventuel ne
sera pas dans les établissements avant la fin de la présente année scolaire, il
passera donc totalement
inaperçu à la prochaine rentrée.
-
à ce jour, nous ignorons toujours quel est le contenu exact de ce projet de
décret : le 1er
contact
avec le cabinet date du 28 août 2005. Voilà donc près de 10 mois que l’on nous
balade
sans que nous ayons vu l’ombre d’un projet.
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le cabinet du ministre a pris largement son temps pour consulter… les
organisations
syndicales
!
Oui, vous avez bien
compris !
Non pas qu’il soit
scandaleux que celles-ci soient informées, ou qu’on recueille leur avis.
Mais arguer de ces
consultations pour justifier de tout ce temps perdu, c’est de la provocation.
La FCPE n’a pas été
consultée sur le « statut » des directeurs d’école : d’ailleurs, elle ne le
demandait
pas, même si elle s’y
intéresse de très près !
Alors qu’on laisse les
fédérations représentatives de parents d’élèves négocier un projet de texte qui
les concerne
directement.
Il faut savoir ce que
l’on veut.
Notre place au sein de
la communauté éducative est légitime, au sens propre du terme : qu’on nous
donne les moyens, tous
les moyens, de la tenir pleinement.
Les premiers intéressés
par ce texte, c’est nous !
Les seuls
interlocuteurs concernés par la négociation sur les contenus de ce projet,
c’est
nous !
Tout cela ne manque pas
de piquants à la manière du sakkaï dédé !
Ou alors, il nous
faudra bien nous poser la question de savoir si le ministre cherche, par des
moyens
détournés, à remettre en
cause notre légitimité, notre représentativité, en prêtant une oreille
complaisante, dans
d’autres milieux, à des réticences ou à des oppositions.
On entend dire, pour ne
citer qu’un exemple, que le principe de distribution des documents par les
associations de parents
d’élèves sans contrôle préalable « chatouillerait » quelques uns.
Alors là, soyons
extrêmement clairs : si ce droit, qui n’est pas contesté aux organisations
syndicales, était remis
en cause, notre réaction serait immédiate !
Il nous a fallu
beaucoup de ténacité pour obtenir des ministères Allègre-Royal la circulaire de
mai
2001 sur l’intervention
des associations de parents d’élèves dans les établissements scolaires.
Depuis 5 ans, rien.
Depuis 5 ans, pas un
ministre qui accepte de reprendre dans un texte réglementaire les dispositions
d’une circulaire qui,
parce qu’elle est juridiquement fragile, n’a cessé d’être ignorée, attaquée,
interprétée, et trop
souvent bafouée.
Ce congrès l’affirme
avec force : la FCPE, sur ce sujet qui touche à l’expression organisée des
parents d’élèves, reste
tout entière mobilisée !
Je vous le disais en
ouverture de cette intervention, je crois qu’il y a bien longtemps que nous
n’avons
connu pire année que
cette année-là, marquée comme jamais par une politique éducative
réactionnaire,
élitiste, j’allais dire aristocratique, qui exclut, qui purge, qui épure, qui
écarte, qui
stigmatise.
Nous sommes aux creux
de la vague conservatrice : mais le bateau FCPE tient bien la mer, et
l’équipage est
expérimenté, courageux, et solidaire. Il a déjà traversé bien des tempêtes.
De tout temps, la
vieille garde conservatrice qui veut que rien ne bouge et qui s’accroche à ses
pouvoirs et à ses
privilèges s’est attaquée à la jeunesse.
J’en veux pour preuve
une des citations que nous a envoyée notre ami Gérard DOZ, et que je vous
livre :
« Je n’ai plus aucun espoir pour l’avenir de
notre pays si la jeunesse d’aujourd’hui prend le
commandement
demain, parce que cette jeunesse est insupportable, sans retenue, simplement
terrible
».
Cette pensée profonde
est d’Hésiode, poète grec, en 720 avant J-C.
A la FCPE, notre
optimisme reste entier, offensif, et partie intégrale de notre engagement.
Comme la femme est
l’avenir de l’homme, la jeunesse est l’avenir du monde.
Merci, et bon congrès à toutes et à tous.